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Nécropole phénicienne de MundetAfrica (Village Mustapha)
Histoire & description

C'est en octobre 1928, que furent découvertes les premières tombes qui composeront plus tard l'ensemble dénommé «nécropole de MundetAfrica», du nom de l'ancienne usine de liège dévastée par un incendie. Situées sur le domaine Mustapha, les cinq tombes phéniciennes sont creusées sur une butte rocheuse de quelques mètres au dessus du marécage, au lieu dit «Rocher des Voleurs». Ces caveaux sont non loin de la route de Béjaïa, et au sud de l'ensemble des tombes phéniciennes de la «Pointe Noire», actuellement «Rabta», à l'ouest de Jijel. L'endroit est appelé aujourd'hui « Village Mustapha».

Jeanette et Prosper Alquier sont les premiers à fouiller le site d'une manière scientifique, travaux qu'ils ont consignés dans une bibliographie de ce site (1). Ils en découvrent sept autres donnant ainsi le chiffre de douze tombes au total.

Quelques années plus tard, en 1935, Myriam Astruc entama de nouvelles fouilles et fit la découverte de cinq autres tombes qu'elle numérota à la suite des anciennes, de XIII à XVII.

N'ayant plus trouvé de nouvelles tombes autour du caveau XVII, les recherches se sont déplacés vers le Nord-Est, à la limite du chemin qui mène à la Pointe Noire (Rabta). C'est l'endroit où est actuellement construite la salle de cinéma Soummam et autre direction des sapeurs pompiers. Au moment des fouilles d'Astruc, ce terrain n'était pas bâti. La roche qui n'affleurait qu'à certains endroits était recouverte d'une couche de terre qui s'épaississait en direction du Nord-Est. C'est dans cette endroit, à la limite de la propriété Africa, que Myriam Astruc fit la découverte, sur un espace d'une vingtaine de mètres carrés, «d'un second groupe de douze sépultures d'un type tout différent, aussi bien par la forme des tombes que par leur mobilier». Ces nouvelles tombes et bien qu'ellessoient beaucoup différentes de celles du groupe initiale, «ont été numérotées à la suite des unes des autres, afin de ne pas prêter à confusion». Elles prirent donc les chiffres de XVIII à XXIX.

Ces nouvelles tombes taillées dans le rocher, presque à fleurs de terre, toutes orientées S.O-N.E., étaient donc parallèles à la route Jijel-Béjaïa. Ces fosses avaient une forme rectangulaire, «sauf une qui affecte la forme anthropoïde». Aucune dalle de recouvrement ne fut retrouvée, «si ce n'est un morceau dans la tombe XXV». «On ne voit pas de trace de feuillures; on ne relève pas de trace d'incinérations». Une autre différence par rapport au premier groupe, la majorité des fosses ont été violées, peut être dès l'antiquité, et sans doute par les contemporains de la première nécropole.

Selon Myriam Astruc, l'ancienneté du groupe de tombes de la MundetAfrica par rapport aux nécropoles bien étudiées de Collo et de Gouraya est manifeste. Bien qu'il soit assez difficile de dater d'une façon précise ce petit groupe de tombes. Elle place cet ensemble, «tant par la forme de ses tombes que par ce qui lui reste de mobilier, entre le VIe et le début du IVe siècle». Cette limite de dates est fortement grande pour en déduire une forme d'appréciation. D'autant qu'elle estime que «l'on est privé de points de comparaison sur cette même côte».

La nécropole punique de «Marsa Charaâ»

L'un des plus important cimetière qui existait à Jijel, était proche de l'ancienne ville. Les sépultures s'étendaient selon C. Duprat sur «un vaste plateau rocheux présentant une surface plane de la vigie au cimetière arabe, avec inclinaison en pente douce jusqu'à la mer».

Tombe du type arrondi à l'extrémité (tête)

La nécropole commence donc du cimetière actuel de Sidi Ahmed Amokranepour finir sur les rives de la mer, à l'endroit de Mers Chara, que les français nommaient:anse de Picouleau. Il y avait tout près de là, il faut s'en souvenir, les caveaux disparus situés au bord de mer que l'on désignaient par «GharBimbo», en référence aux buveurs de vin qui s'y abritaient.

Les tombes ne sont pas toutes visibles car «le roc est recouvert en partie par des alluvions , sablonneuses, et il n'apparaît çà et là qu'en affleurements de surface restreinte», où l'on peut apercevoir même maintenant quelques sépultures isolées ou groupées. Certaines ont disparues lors de l'ouverture de la route maritime et d'autres l'ont été quand on a érigé les deux cimetières musulmans et européens.

N'ayant pas trouvé de dénomination à cette exceptionnelle nécropole, si méconnue, j'ai décidé de lui donner un nom, celui de Nécropole de MarsaCharaâ, en référence à l'anse ou port des galères, auquel aboutissait le cimetière avant les constructions modernes. MarsaCharaâ fut désigné à l'arrivée des français, anse de Picouleau.

Description des sépultures

D'après P. Alquier, conservateur du musée de Constantine, «ce cimetière se compose de près de deux cents tombes creusées dans le roc, allant généralement par paires (mari et femme) et par groupes (familles) ». Dans cet ensemble, il a cru distinguer «deux nécropoles du type le plus ancien tout autour de la Vigie» (Saâa, Horloge en arabe), actuellement occupé par des tombes musulmanes, «et plus au nord, en bordure de mer», près de l'ancien abbatoir de la ville de Jijel, justement proche de «GharBimbo».

Ces tombes exceptionnelles présentent une grande diversité de formes. Il y avait les configurations suivantes: «carré, rectangle, rectangle arrondi à l'une des extrémités ou aux deux, trapèze, rectangle avec sommet ménageant la place de la tête, etc».

Trois sculptures de tombes, «se modèlent sur le corps humain et présentent une cavité pour recevoir la tête du mort». Parfois la fosse est plus étroite à la place des pieds qu'à hauteur des épaules. Quelques unes sont des fosses arrondies, pour la plupart, à l'extrémité qui recevait la tête, ou bien aux deux extrémités.

Tombe du type rectangulaire

De ces tombes, il n'en reste malheureusement aujourd'hui que quelques unes, dont deux seulement restent visibles au cimetière de Sidi Ahmed Amokrane de Jijel.

Les caveaux à puits, si présents à la pointe noire, sont rares en ce point:« il y en a un au rocher Picouleau et quelques autres sur un plateau de tuf que la mer désagrège chaque jour». Sans doute, les vestiges d'une vaste nécropole des temps anciens. Et puis, «il y a là des puits d'accès avec caveaux sans escaliers».

Les fouilles n'ont donné que de maigres résultats, mais il a été trouvé des débris sans nombre de tegulae et d'amphores, restes d'une nécropole romaine! Prosper Alquier, assure avoir « vu et photographié des tegulae et des amphores en place, mais les eaux de la mer avaient depuis longtemps désagrégé le squelette et tout le mobilier funéraire».

C. Duprat a le mérite de nous avoir laissé « un croquis représentant en plan la disposition et l'orientation de ces sépulcres». Voici ce qu'il dit à propos de leurs orientations: « la majeure partie de ces tombes est orientée du Sud-Ouest au Nord-Est. Quelques unes, cependant, sont creusées suivant la direction Nord-Sud ou Est-Ouest, ou enfin Nord-Ouest-Sud-Est. La tête du cadavre était à l'Ouest, les pieds au levant». Sans doute impressionné par l'ancienneté et l'originalité de ce cimetière, il déclara en croquant son croquis pour l'envoyer à la Société Archéologique de Constantine: « Cette nécropole mérite cependant mieux ».

Autres tombes

En divers endroits de la ville et ses alentours existaient des tombes de fraction punique. Bien que certaines appartenaient à un ensemble de cimetière, comme décrit précédemment, d'autres étaient isolées.

Par exemple, on connait les tombes de «HdjiretGhoula» qui ont été effacées, et celle dont a fait mention l'Abbé Sach au fort Dusquesnes, près du mausolée de «Sidi Ammar»...

Celles-ci connues depuis fort longtemps, ont été revues par Prosper Alquier, dans sa description des tombes phéniciennes de Djidjelli en février 1929. Décrivant les sépultures isolées, il parle de «simples tombes creusées dans le roc sillonnant la ligne des collines rocheuses qui va du fort Horain (près de la polyclinique des Oasis) au fort Duquesne, et complétant ainsi le tour de la ville». Il en existerait probablement d'autres éparpillées ça et là, près de demeures ou de fermes familiales, mais jusqu'à présent, on a retrouvé aucun soupçon de traces.

La nécropole punique de la Pointe-Noire (Rabta)

Coincée entre l'anse des Béni Caïd et la plage de Boussadoune, la nécropole phénicienne de la Pointe Noire, connue des jijeliens par Rabta, est située sur une éminence en tuf battue par la mer et les vents. C'est l'une des plus importantes nécropoles phénicennes de la ville de Jijel et même d'Algérie.

C'est le lieutenant Dufour, alors commandant du «cercle de Djidjelli» et chef du bureau arabe, qui vers 1885 fit des explorations à la Pointe Noire où il dénombra de «nombreux caveaux simplement recouverts de sable ou de terre».

C. Duprat qui fit un séjour à Jijel en 1888 y a fait allusion lors de son étude sur les sépultures antiques de Djidjelli. Il dit « existe à la Pointe-Noire, 2 kilomètres et demi à l'Ouest de Djidjeli, également sur le bord de la mer, un grand nombre d'habitations semblables», à celles qu'il a décrites au nord de la ville.

Mais les fouilles méthodiques et scientifiques ont été entrepises par Jeanette et Prosper Alquier.......... Le cimetière punique comporte selon P. Alquier; «plusieurs centaines de tombes des différents genres: simples fosses et caveaux avec ou sans escaliers».

Les tombes situées à l'extrême nord de la nécropole s'effacent de plus en plus et disparaissent. Celles qui sont proches de la mer subissent les assauts répétés et fougueux des vagues, si dangeureuses en ce rivage. Seules celles qui se trouvent au sud de la nécropole en direction de la petite plage qu'on dénomme Bou Saâdoune restent assez bien conservées. Elles ont gardés leurs chambres mortuaires et leurs entrées avec les escaliers.

Les caveaux trouvés durant les années 80, n'ont pas pu être sauvés, ni être étudiés convenablement. Plusieurs objets appartenant au mobilier funéraire de ces nouvelles tombes, ont été dilapidés ou jetés parmi les gravats. La valeur scientifique de ces caveaux a été totalement perdue. Ses importances culturelles et touristiques aussi. Voici ce que présageait pour Jijel, le conservateur du musée de Constantine P. Alquier en 1929: «Il n'existe pas en Algérie de nécropole phénicienne où les caveaux soient aussi nombreux et aussi bien conservés. Leur nettoyage méthodique et l'aménagement d'une voie d'accès feraient de la Pointe Noire une curiosité touristique de tout premier ordre».

Chobae Municipium (Ziama Mansouriah)
Description & Histoire

Le nom de Ziama Mansouriah évoque deux sites archéologiques, sur l’un est construit la cité de Mansouriah créée par le souverain de Béjaïa El Mansour el Mountasar, et sur l’autre à Ziama les vestiges de l’antique Choba. Selon certains chercheurs, parmi eux Cat, Le vocable Ziama pourrait provenir du nom de la tribu « Zimizes » connue grâce à l’inscription de 128 trouvée à Jijel et qui était cantonnée selon la table de Peutinger entre Chullu et Igilgili. Mais le site de Choba remonterait probablement à l’époque punique.

Son histoire avant la période romaine et le début du Ie, nous est totalement inconnue. Il en est ainsi car les premiers explorateurs français avaient négligés les vestiges et inscriptions puniques et libyques. Et depuis ce temps, aucune fouille algérienne n'est venu combler ce hiatus. Choba la romaine a été crée sans doute durant les règnes de Nerva et Trajan, en même temps que la colonisation de Sitifis, de Cuicul et de Satafis. Cependant, sa promotion en municipe remontrait à l'empereur Hadrien (118-128), puisque celui-ci est qualifié dans une inscription de conditor municipe, c'est à dire fondateur du Municipe ou de la cité.

Le site de Choba

Les ruines romaines de Chobae se trouvent à une quarantaine de km à l'ouest de la ville de Jijel, sur le littoral à l'endroit qu'on dénome Ziama. Elles s'étalaient sur un petit promontoire de 10 à 15 mètres au dessus du niveau de la mer, à droite de l'embouchure de l'Oued Djermouna qui descend des Béni Segoual, avant que le site ne fut complètement détruit après la construction de la cité Azirou et d'autres édifices publics ainsi que lors de l'élargissement de la route nationale n°43, par une entreprise italienne!.

Au tout début de la colonisation, Pelletier, inspecteur des Bâtiments civils à Bougie, en a fait une description de la cité antique. Il fut fasciné par «les reste du mur d'enceinte qui annonce une ville assez importante». Il disait que «le rempart qui mesurait 350 mètres, sur les endroits où il se dressait à toute la longueur du plateau, était assez bien conservé».

Le mur est haut de 4 mètres, défendu, de distance, par des tours carrées. La meilleure description faite du mur l’a été par L. Féraud, présent à côté de la colonne expéditionnaire du Babor en juin 1865 : « Vue de l’extérieur, cette muraille présente une surface unie, mais en l’examinant de l’intérieur c'est-à-dire du côté qui fait face à l’Ouest, elle offre l’aspect d’une série d’arceaux en maçonnerie dont le vide entre les pieds-droits aurait été rempli après coup par une seconde maçonnerie de petit appareil ».

Lors du tremblement de terre qui détruisit Jijel en 1856, des secousses violentes se firent sentir à Ziama ; quelques pans de mur de l’ancienne enceinte s’écroulèrent.

Dans la partie haute de l'antique cité, Féraud parle encore, «des ruines d'un mausolée, auprès d'une petite fontaine, d'où a été probablement extrait un sarcophage en calcaire grisâtre, traîné à quelques pas plus bas».

Cette oeuvre locale, a été décrite par Jean Pierre Laporte comme ceci: «On distingue au centre le bas du lit (de repos ou de repas), sur lequel le défunt était représenté en train de banqueter, entouré à droite de son épouse assise sur un siège, à gauche, des serviteurs portant (en général) des provisions. Ils sont encadrés ici de deux génies funéraires, une jambe repliée derrière l'autre tendue, la grande torche renversée, la flamme vers le bas, symbolisant la mort. Aux extrémités droite et gauche, on notait enfin deux danseuses, un voile gonflé par le mouvement au dessus de la tête (l'un des dessinateurs a mal compris le personnage, et a affligé la danseuse d'une grande barbe!). Les motifs sont classiques, même si leur union paraît plus rare.

De la cité et de «l'enceinte qui encadrait une ville pouvant avoir une superficie de 16 hectares», selon les propos de Pelletier, il ne s'élève malheureusement aujourd'hui, que quelques dizaines de mètres. Á ses pieds on rencontre plusieurs substructions antiques, des pans de mur, des fûts de colonnes, des pierres funéraires dont celle mentionnant le nom Barbaranus. Un motif visible entre deux arcs, que j'avais remarqué en visitant une maison, a échappé à plusieurs générations d'archéologues et de visiteurs, et n'a jamais été mentionné. Nous dévelloperons plus tard ces données inédites après leur publication.

À l'extérieur de l'enceinte de la ville, vers le nord est la nécropole romaine. Selon Pelletier; «la plupart des sépultures sont très modestes. Ce sont des espèces de grandes auges, dont le plan trace un carré long arrondi sur un de ses petits côtés. Par une disposition assez curieuse, ces tombes sont accouplées par deux et même d'avantage.». Un monument tumulaire disparu dominait ce cimetière antique. Aujourd'hui, il ne reste plus grande chose de cette étonnante nécropole.

La majeure partie des tombes sont ensevelies sous les édifices publics construits durant les années 80 et 90 (Centre de formation, écoles, galerie, etc. ...), ou jetées à la mer par des buldozers affectés à l'élargissement de la route nationale reliant Jijel à Béjaïa. Les badauts n'avaient alors qu'à ramasser les objets funéraires exhumés par les pelleteuses pour les proposer aux italiens en charge de ce projet.

Aïn Tissillil (Ruine au sud-est d'El Milia)

Les ruines de Aïn Tissillil se trouvent à 7km au sud de la commune de Settara, daïra d'El Milia, wilaya de Jijel, sur les terres du beau territoire des Ouled M'barek.

En passant par Bord Ali (ex: Arago), on arrive au village d'Agouf qui en est le plus proche des ruines. Quelques centaines de mètres plus loin, on quitte la route qui continue en direction du douar d’El Akbia, pour emprunter un petit sentier descendant pour se retrouver enfin avec les premiers vestiges encore debout; des pierres taillées bien alignées indiquant les traces d'habitations, et des murs en bocage. La partie centrale du lieu, trace visiblement une voie séparant l’endroit en deux parties. L’une à gauche descendant jusqu’à la route et mechta Bourouh, l’autre s’arrêtant vers l’oued ou chaâbat Besbes. Mais il m'a paru que l'on peut s'y aventurer encore plus loin...Les indices n'y manquent point.

Le site est entièrement sous les terres, il s'étale sur une superficie d'environ 08 hectares. N’émergent en surface qu’une succession de pierres taillées qui délimitent légèrement certaines parties de la cité avec quelques monuments diversement reconnus tels que une huilerie, des bains et diverses mosaïques éparpillées ça et là et en dégradations permanentes. Il déborde volontiers au delà de la source en contre bas, qui a donné le nom au lieu, et demeure totalement abandonné..., sans gardiennage aucun...

Le site recevrait sinon des «visiteurs » qui ne manqueront pas de le dénaturer. On a su déjà qu'il y a eu un vol de pièces archéologiques dont on ne connaît, ni la nature, ni l'importance. Alors que d'autres objets portant vraisemblablement des inscriptions auraient été acheminés selon certains vers une commune dépendante de Mila.

Aucune fouille n’a été entreprise sur le site le plus épargné de la wilaya de Jijel. Ni fouille de sauvetage, ni récupération des objets traînants (épitaphes, dé d'autel, etc.), alors que le musée Kotama de Jijel est affreusement vide. Dommageable à plus d'un titre, pour cette cité qui durant la période antique formait sans doute étape sur la voie romaine qui allait de Mila (Milev) à Collo (Chullu), et dont le nom jusqu'à maintenant nous est caché! D'ou l'intêret toujours réitéré pour la sauvegarde et la collecte des épigraphies. Par exemple, les deux stèles décrites ci-dessous indiquent que ces personnages font partie de la tribu Quirina, tribu qui est également présente dans la confédération de Cirta, d'ou les liens qui peuvent en ressortir.

Nouvelles inscriptions funéraires trouvées à Tissillil
I. La dédicace à Marcus Clodius

Voici un bel autel découvert à Tissillil, en forme de caisson et taillé dans du grès; cette pierre tumulaire bien conservée est gravée sur une seule face. Au dessus de l’inscription, une moulure supporte un lèger arrondi où un serpent y est sculpté, terminé à ses deux côtés par des ornements spiralés. Comparativement aux autres pierres funéraires trouvées sur le site, ce dernier est relativement bien exécuté, avec une assez belle écriture, ce qui dénoterait peut être, le haut rang ou notorité qu'aurait occupé ou eut, le nommé Marcus Clodius au sein de la cité. Un nom de famille qui s'ajoute a ceux déjà découvert à Tissillil. Si tout est préservé, on pourrait également construire des filiations.

Ce qui est frappant aussi dans cette inscription, c’est l’âge du défunt à sa mort, qui a atteint les cent ans. Effectivement, on connait dans cette partie de la Numidie un nombre important de centenaires. Il faisait sans doute bon y vivre.

II. La dédicace à Quintus Julius

Autre monument funéraire découvert à Tissillil, qu'un ami, membre de l'association Maâlem de Jijel, a eu l'obligeance de m'envoyer une photo. Actuellement, cette stèle est entreposée à la mairie de Settara. Et c'est tant mieux.

Épitaphe d'aspect frustre, avec base moulurée. Fronton ovale presque circulaire décoré d'un rebord sur le haut. Comme on peut le remarquer, cette pièce se termine en haut par un fronton ovale. Ces contours ont vraisemblablement subit des brisures, qui ont effacées les moulures. Celles-ci ne subsistent seulement qu'à la base de la stèle. Aucune gravure n'est décelée sur le fronton. Des fissures traversent la pierre en grès, passant entre les lignes, sans en effacer l'inscription.

Le défunt n'a pas beaucoup vécu, il est mort à l'âge de quarante huit ans, sans doute emporté par une maladie.

Ad basilisam Bida

Une virée à Bida au sud d'Erraguène (40 km S-O de Jijel), fait remonter en nous, encore une fois, les mauvaises appréhensions Vue de Bida concernant notre patrimoine antique, surtout dans notre wilaya.

Le site archéologique; qui se trouve sur la rive gauche de l'oued El Bahar, affluent de l'oued DjenDjen au niveau d'Erraguène, près du lieu évocateur de Hadjar Kebab; s'étend sur plusieurs hectares malheureusement laissé aux abondons et chaque jour, dieu sait, combien de pans d'histoire et de monuments antiques importants disparaissent à jamais.

Rien qu'à regarder ces stèles funéraires découvertes là-bas, et autres pierres taillées et sculptées, un grand désarroi nous surprend, convaincu que leur place est dans un musée, car fatalement, Débris jonchants le site archéologiquecomme il est d'habitude chez nous, tôt ou tard on ne les verrai plus, soit par le fait des destructions ou bien des vols impunis.

Un bureau d'études de travaux publics a bien alerté les autorités il y a un certain temps, lors de son passage à Bida, en adressant un mémorandum au wali pour un éventuel classement et protection du site. Mais depuis, rien n'a été entamé, alors qu'il suffisait d'une légère prospection avec quelques archéologues, en compagnie des responsables de la commune d'Erraguène, ceux du musée de Jijel, de membres d'associations actifs, pour dresser l'inventaire de tout ce qui peut être récupérer et porter; fragments d'architecture et de statues, bas-reliefs, inscriptions; et les acheminer vers Jijel, chef lieu, afin d'enrichir l'inventaire des antiquités locales et y développer la collection lapidaire actuellement pauvre du musée de la ville.

Rien n'empêchera dans un futur qu'on espère proche, la commune d'Erraguène d'envisager un endroit qui ferait office de musée communal et digne d'un conservatoire pour la protection et l'exposition d' objets archéologiques et historiques que recèlerait à ne pas en douter la vaste région des Béni Zoundaï et Béni Foughal.

Sur les trois stèles découvertes dans un assez bon état et joli esthétique avec frontons triangulaires, une seule présente des inscriptions romaines, probablement inédites. Je n'en ai pas la preuve. (photo de gauche). L'épitaphe concernerai sans doute un père décédé, selon la formule consacrée, incomplète ici, Karissimo Patri ou Parenti Karissimo « à mon père bien-aimé »

Les deux autres avaient leur cartouche totalement érodé, sans épigraphie visible. Sur l'une en grès, présentant un pédoncule, le fronton est sculpté d'un triangle à l'intérieur duquel est gravé un croissant, trahissant l'origine locale du défunt. Sur l'autre, apparemment un dessin difficilement visible.

Le Mégalithe d'El Aroussa (Hadjrat Laroussa au col des Béni F'tah)

Monument protohistorique à la signification diversement interprétée. Il serait selon certains le lieu de rituels religieux et saisonniers où peut être le point culminant d'une délimitation géographique, non encore cernée, des tribus qui y vivaient.

Il subsiste ça et là de restes de dolmens, malheureusement le temps et l'ignorance feront qu'ils disparaîtront un jour. Bien qu'ils soient des lieux mythiques où seraient nés les premières tribus berbères.

Pour parler du mythe, une légende proche de celle de Hammam Meskhoutine de Guelma relayée par les habitants de la région a été relatée par C. Féraud dans son livre sur l'histoire de Gigeri. Voici son commentaire.

«... Les dolmens étaient regroupés au nombre de six ou huit ; un seul était resté debout, c’est celui que les Kabyles nomment El-Aroussa, la fiancée. On pense aujourd’hui que le mégalithe toujours dressé est beaucoup plus un indicateur géographique ou tribal. Le mythe qui entoure ce monument ressemble à la légende qui entoure celle de Hammam Meskhoutine, près de Guelma...».

«...Un frère voulait épouser sa soeur ; Dieu, pour empêcher ou punir cette union incestueuse, transforma en pierre le couple criminel, au moment où il se transportait vers le toit conjugal. – Les deux blocs perpendiculaires qui servent de pieds à la table du dolmen, représentent selon les habitants du lieu, le corps et les jambes de la mule qui portait la fiancée. La table serait l’Aroussa elle même, et, enfin, la dalle qui ferme le monument du côté ouest serait le mari. Plusieurs autres blocs informes jonchent le sol aux environs ; ce sont là les parents, les témoins et les amis invités à la noce. Le kadi qui aurait présidé au mariage figure au nombre des coupables métamorphosés : on le remarque à son ampleur et à une certaine blancheur que n’ont pas ces compagnons d’infortune...»

Restes de ruines romaines à Béni F'Tah

Lors de notre visite à Hadjaret Laroussa, «La pierre de la mariée», dans les monts de Beni Fetah (Photo d'en haut), nous nous sommes permis une petite excursion dans les alentours immédiats, là où la carte mentionne des vestiges romains. Et là, nous fûmes enchantés par une belle découverte, celle d'une gravure sur grès, probablement inédite!, montrant un poisson très bien figuré. Le trait vert sur la photo, suggère la forme du poisson. C'est ce que l'on a cru voir. On connait la relation du poisson avec les saint chrétiens, à moins qu'il existe une toute autre interprétation!.

Des ruines de peu d'importance, indiquerait sans doute l'existence d'une résidence rurale. Des élèments creusés dans le rocher, suggérerait encore des structures qui serviraient à la fabrication d'huile d'olives. Ces blocs de pierre travaillés ne serait donc que des éléments d'une huilerie.

Plus loin, sur un sol décapé, repose un gros bloc comprenant des entailles et rigoles. Les traces en surface penchent pour son utilisation probable à moudre du grain.

Le monument du 10e de ligne [1857]

Ceci pour la partie antique, entrons dans l'histoire pour aller visiter un haut lieu de la résistance contre la colonisation, de la moitié du 19e siècle. Pour cela, direction nord vers le sommet du djebel et jetons un coup d'oeil su le monument du 10e de ligne. C’est le lieu, où se déroula la fameuse bataille de Beni F'tah, qui opposa les soldats français du régiment des grenadiers du 10e de ligne, venus de Sétif et les habitants de la région, au tout début de la colonisation, plus précisément en 1857. Le capitaine Dufour, qui commandait la section, fut frappé à mort et succomba avec ses officiers, ses sous-officiers et trente-cinq grenadiers. Le reste des troupes ne durent leur salut qu'avec l'arrivée en renfort de deux brigades d'infanterie que commandait le général de Saint Arnaud gouverneur alors de la province de Constantine.

Lors de l'occupation définitive de la région, les français érigèrent ce monument en mémoire de leurs morts.

Béni Yadjis: Un musée à ciel ouvert au coeur du Tamesguida (Jijel)

La localité des Béni Yadjis est située à une trentaine de kilomètres à vol d'oiseau de Jijel en direction du sud. Elle traîne sur le piémont nord de la montagne de Tamesguida (1626m) [de l'arabe "Masjad", mosquée], l'un des plus haut sommet de la wilaya. Elle est séparée de Djimla sa voisine à l'est par l'oued El Askaf et trouve à sa gauche le territoire des Béni Foughal. Assise sous la «protection» du saint Sidi Mansour, dans la sépulture repose au sommet de la montagne éponyme (918m) qui regarde le pays, un autre djebel, celui de Si Oussaf la domine avec ses 939m de hauteur.

Une virée dans cette jolie contrée qui fait corps dans le grand et extraordinaire douar de Tamesguida, nous surprend avec la densité des curiosités que l'on ne soupçonnait pas. Dans un éclatement ou l'on devinerai des facettes enterrées ou cachées au regard, surtout, forcément celles qui cerneraient les périodes préhistoriques et protohistoriques, très peu étudiées au nord de l'Algérie...

En s'arrêtant au niveau du Chouf, belvédère dominant les alentours, d'où l'on peut observer les petites villes de Texenna et de Djimla et leurs paysages immédiats, on peut emprunter un chemin qui nous conduit directement à la ruine de Bouayache, près de Sida, sur près de un kilomètre environ.

C'est vraisemblablement, l'un des divers chemins qui composaient l'antique voie romaine Sitifis-Igilgili dans la région. Elle devrait aboutir à Mechta Terfia, véritable carrefour où l'on a découvert plusieurs milliaires.

La voie taillée dans le rocher La colonne expéditionnaire des Babors sous le commandement du Général MAISSIAT a emprunté cette voie en 1856 pour se diriger vers le massif des Babors en plein trouble. S'éloignant de la route goudronnée, tout en contemplant le magnifique paysage, on arrive à l'inscription qui commémore la "réouverture" de cette route. Le monument estampillé d'une belle écriture dont on peut lire les détails sur la photo, possède une hauteur d'environ deux mètres et une largeur d'un mètre.

En continuant notre chemin, on aperçoit au loin la ruine de Bouayache, (Photo de gauche) que les pierres encore debout décrivent un rectangle, alors que d'autres sont éparpillées sur toute la pente en contrebas. Ces vestiges probablement d'un fortin militaire surveillaient sans doute le col des monts Tebala (937m) et Si Oussaf.

Tout près de là, et un peu plus bas, on peut aperçevoir une grande masse rocheuse creusée d'une cavité presque carrée dont l'entaille pour la pose de la dalle de fermeture est bien visible.Plus loin cheminant vers M'zara, on rencontre à notre gauche, en face d'un moulin délaissé, un gros bloc entaillé de deux formes rectangulaires ayant approximativement deux mètres de longueur et moins de deux en largeur. Vestiges probablement d'un ancien moulin. (Photos du bas) .

De là, en empruntant le chemin qui mène à El Oulidja, on peut selon certains habitants voir une borne milliaire encore debout, qu'on a pas pu vérifier de visu en compagnie d'amis (voir découverte de deux bornes milliaires). Si on se fie aux dires des personnages rencontrées, l'on pourrai déambuler jusqu'à la base de la falaise de Seridja par un chemin ardu parallèle à l'oued Akabal, affluent de l'oued Djendjen, pour arriver à Ghar di Sed (la grotte du barrage), qui mériterait nein un jours le détour.

Si on ne dispose pas assez de temps, on prendra le chemin qui mène vers le vaste champ couvert de grosses pierres noircies par le soleil, et disposées d'une façon surprenante à l'oeil. C'est le «Hadjar El Meurakeb». On ne peut pas y être indifférent. Séduit par le nom du lieu, qui suggère des «pierres montées», l'endroit dégage une forte impression quand à la densité des pierres, néanmoins parmi les habitants rencontrés aucun n'a encore retrouvé un soupçon d'objet ancien.

On peut suggérer que ce serait une nécropole préhistorique ou lybico-berbère. Mais pour le moment, on en a pas la preuve!.

Tout près de là, coule dans un univers presque exempt d'arbres, l'oued Bou Kerma. En le suivant, on aboutit à une source de très bonne eau, près d'une ancienne mine. Plus bas, dans la mechta de Bou Kerma, qu'on a visité par le passé (*), on peut aperçevoir quelques vestiges de murs dont certains ont disparus lors des glissements de terrains survenus il y'a un peu plus de deux années, quand il eut à tomber une grande quantité de pluie et de neige.

Dans la localité, on avait retrouvé une épitaphe romaine presque effacée, une fontaine complètement cernée par les habitations, mais reste tout à fait visible. Un mortier et une meule dormante, ainsi que quelques pièces de monnaies que les habitants nous ont montrés.